Les Origines de la Magie Enochienne

 

 

portrait de Joh Dee du XVIème siècleLa magie énochienne résulte des travaux d’un homme exceptionnel, John Dee, et de son médium Edward Kelly (on trouve parfois le pseudo Edward Talbot qu’il a utilisé au début de sa collaboration avec Dee, ou encore Edward Kelley), entre 1581 et 1589.

John Dee (1527-1608) est une des plus importante figure de son époque, connu pour ses travaux en mathématiques (il a occupé un temps un poste à la Sorbonne où il donnait des cours sur Euclide et sur la géométrie), en cartographie, astronomie, astrologie (il fut l’astrologue de la reine Elizabeth après qu’elle lui ait demandé de déterminer le jour le plus favorable pour son couronnement, et il lui donna également des cours d’astrologie), cryptographie, etc… Sa bibliothèque, qui fut incendiée peu avant sa mort, était l’une des plus riche d’Angleterre, et de nombreux savants venaient la visiter. Dee était par-dessus tout fasciné par les mystères et les sciences occultes, en particulier par la légende d’Enoch qui fut enlevé au Ciel et eu la grâce de voir la Divinité en face et d’obtenir toute sagesse et connaissance, légende qui fut à l’origine de l’apocryphe Livre d’Enoch racontant comment les Anges descendus parmi les hommes leur ont enseigné les secrets de la Magie. Un autre sujet de fascination pour Dee était le mystèrieux Livre de Soyga (Aldaraia sive Soyga vocor), un manuscrit en latin de la fin du moyen-âge traitant d’astrologie et de démonologie, et qui contient 36 Tablettes de 36 lignes par 36 colonnes remplies de lettres, à la manière des tablettes élémentaires que l’on connaît bien. Ce livre n’était connu que par ce qu’en a laissé Dee, c’est à dire un passage ou Dee demande à Uriel si ce livre a une quelconque valeur, et où l’Ange lui répond que ce Livre avait été révélé à Adam au Paradis par les Anges du Seigneur. Déborah Harkness en a retrouvé 2 copies en 1994, la première à la Bodleian Library (MS Bodley 908) et la deuxième à la British Library (MS sloane 8). Une étude publiée par Jim Reeds a révélé un algorithme (semi-empirique) permettant de reconstruire ces Tables à partir des mots-clés en tête de chacune d’elle, mais le sens de ces cryptogrammes est toujours un mystère. Dee a toute sa vie voulu être capable de décrypter les Tables de Soyga, mais les Esprits avec lesquels il conversait ne lui ont jamais donné la clé.

Edward Kelly
D’un autre côté, et presque à l’opposé de Dee, nous avons E. Kelly (1555-1595). Ce mystérieux personnage jouit d’une réputation sulfureuse, il est décrit comme un nécromancien, auteur de quelques traités d’Alchimie, et aussi comme voleur (ce qui lui aurait valu, d’après la légende, de se faire couper les oreilles). Il frappe à la porte de Dee en 1581 avec un mystérieux livre sur la transmutation des métaux en or (le mystérieux Livre de St Dunstan), et avec un échantillon de poudre rouge qu’il prétend être de la poudre de projection. Ses qualités exceptionnelles de médium ont tôt faits de convaincre Dee d’utiliser ses services. La réputation de kelly semble toutefois injustifiée, et il existe en effet très peu d'information fiable à son sujet.

A cette époque, Dee avait déjà commencé ses expériences de clairvoyance au moyen d’un cristal, procédé très répandu à l’époque et qu’on retrouve dans de nombreux traités de magie et grimoires de sorcellerie, par exemple chez Trithemius (l’art de faire apparaître les Esprits dans le Cristal. Tout seul dans un premier temps mais avec peu de succès (il avoue lui-même être un piètre médium), puis en faisant appel à des médiums, le dernier avant Kelly étant Barnabas Saul qui est mentionné au début du Liber Mysteriorum Primus. L'intérêt de Dee pour les sciences occultes était déjà ancienne, comme l'attestent les nombreux livres de sa bibliothèque (dont la liste est contenue dans son journal privé), la publication de la Monade Hiéroglyphique en 1564 et d'un grimoire intitulé Tuba Veneris" (la Trompette de Venus) ou "Libellus veneri Nigros Sacer" (le Livre Sacré de la Noire Vénus) en 1580.

 

C’est le début d’une collaboration qui durera jusqu’à 1589, date à laquelle les 2 hommes se séparent, Kelly restant à Prague à la cour de l’Empereur Rodolphe II et où il meurt en essayant de s’échapper de la prison dans laquelle il était enfermé pour n’avoir pu réaliser la transmutation des métaux en or, Dee retournant à Mortlake en Angleterre après un périple à travers toute l’Europe. Il tente d’initier son fils Arthur Dee à la voyance, mais celui-ci n’égalera jamais Kelly. Accusé de sorcellerie, il trouve refuge auprès du Roi James I, et meurt dans une extrême pauvreté en 1608 à l’age de 81 ans.

Dee étant un homme consciencieux et méticuleux, il notait toutes ses conversations avec les Esprits dans ses journaux, pendant que Kelly décrivait tout ce qu’il voyait, entendait et ressentait. Et ses journaux nous sont en partie parvenus et sont la base de la Magie Enochienne telle qu’on la connaît actuellement. Le parcours tumultueux des manuscrits de Dee depuis sa mort (leur histoire est bien décrite dans le livre de JP Ruggiu « la Magie Hénokéenne de la GD ») ont conduit à diviser la Magie Enochienne en 2 parties, bien que formant un tout à l’origine :

La plus connue, celle qu’a utilisé Mathers pour l’intégrer dans les rituels de la Golden Dawn, concerne les « 4 Tablettes Elémentaires » (entre guillemets car ces 4 Tables n’en forment qu’une, et ce que la GD apelle « Tablette d’Union » n’est pas séparée des autres, Dee appelant cet ensemble « la Grande Table »), les Appels Enochiens, les 30 Aethyrs et les 91 Princes. Ces éléments ont à l’origine été publiés par Meric Casaubon en 1659 dans le célèbre « A true and faithful relation of what passed for many years between John Dee (A Mathematician of great fame in Queen Elizabeth and king James their Reignes) and Some Spirits » (Un récit véritable et fidèle de ce qui s’est passé pendant des années entre John Dee (un mathématicien de grande renommée sous le règne de la Reine Elizabeth et du Roi James) et certains Esprits).

La première partie (1581-1583) est moins connue mais pourtant indissociable de la seconde et indispensable à la pratique (bien que certains la qualifie de « pré-énochienne »), et concerne :

-                      la Table de Pratique, constituée de la Tabula Sancta, du Sigilum Dei Aemeth et des 7 Insignes de la Création, tout ceci étant décrit dans les Libri Mysteriorum Primus, Secundus et Tertius ;

-                     l’Heptarchia Mystica, un sous-ensemble de la Magie Enochienne basée sur une hiérarchie planétaire de Rois et de Princes regroupés dans la Tabula Bonorum, objet du Liber Mysteriorum Quartus ;

-                     Le Liber Logaeth (Liber Mysteriorum Quintus), un manuscrit crypté et jusqu’à ce jour indéchiffré, constitué de Tables de caractères rappelant le Livre de Soyga.

La liste complète des manuscrits de Dee dont a hérité Elias Ashmole après leur redécouverte est la suivante :

Mysteriorum liber primus, 1581, et 1582.

 22 Dec. 1581 - 15 Mars 1582.

Mysteriorum liber secundus.

La première page a été détruite, la fin est datée du 21 Mars 1582.

Mysteriorum liber tertius.

28 Avril 1582-4 Mai.

Liber Mysteriorum Quartus.

15 Nov, 1582-21 Novembre (la première page a été détruite)

Liber Mysteriorum quintus, 1583.

23 March 1583-18 Avril.

Quinti libri Mysteriorum appendix.

20 Avril 1583-23 Mai.

Liber sexti Mysteriorum ( et sancti ) parallelus novalisque.

28 Mai 1583-4 Juillet

Liber Peregrinationis Primae ( sexti Mystici paradromus )

21 Sept. 1583-13 Mars 1584.

Mensis Mysticus Sabbaticus, pars prima ejusdem.

10 Avril 1584-30 Avril.

Libri Mystici Apertorii Cracoviensis Sabbatici 1584

Le titre original de ce Livre est Libri septimi Apertorii Cracoviensis, Mystici

Sabbatici, pars tertia, Ao, 1584, avec au-dessous cette note : Liber quartus decimus.

La première action de ce Livre est datée du 7 Mai 1584 et se termine le 22 Mai.

Libri Septimi Apertorij Cracoviensis Mystici Sabbatici pars quarta.

23 Mai 1584-12 Juillet

Libri Cracoviensis Mysticus Apertorius

Avec dans le manuscrit original cette note : "Sive potius, pars quinta libri 7mi &c. Cracoviensis."

12 Juillet 1584-15 Aout.

Mysteriorum Pragensium liber primus Caesareusque.

15 Aout 1584-7 Oct.

Mysteriorum Pragensium Confirmatio.

14 Jan. 1585-20 Mars

Mysteriorum Pagensium Confirmatorum liber.

20 Mars1585- 6 Juin

Unica Actio; quae Pacciaena vocatur. Ao 1585, Aug. 6.

         Il n’y a qu’une seule action dans ce Livre, avec cette note sous le titre “Que durabat hora 5 mane ad horam 11”

Liber Resurectionis

30 Avril 1586-21 Janv. 1587

Actio tertia. Mysteriorum divinorum memorabilia, ab actionis ( ex septem ) tertiae, descriptae exordio, cui diea 4o Aprilis, Ao 1587, dicata fuit.

4 Avril 1587-23 Mai

         Enfin, on trouve ces manuscrits à part :

48 Claves Angelicae

Ecrit en langue énochienne, avec la traduction anglaise en interligne.

Cracoviae ab Aprilis 13 ad Julii 13 ( diversis temporibus ) receptae, Ao 1584.

A la fin de la page de titre, on a ce nom : Liber 18

Liber Scientiae, Auxilii et Victoriae Terrestris

Maij 2, stilo novo, 1585 collectus ex praemissis in lib. 10, et aliis.

De Heptarchia Mystica Collectaneorum, Lib: primus

         Ce manuscrit reprend les éléments du Liber Mysteriorum Quartus.

Liber Enoch., c’est à dire très certainement le Liber Loagaeth, mais Ashmole note que sur le manuscrit qu’il possède (et qu’il s’est procuré auprès de Sir John Cotton ) il y a ce titre : Liber Mysteriorum Sextus et Sanctus, Liber 8. Le Liber Mysteriorum Quintus ne contient pas la totalité des Tables, Dee les a transcrites à part dans ce manuscrit.

Tabula Bonorum Invocationes

         Il s’agit d’un livre de conjurations et de prières en latin que Dee a rédigé d’après les indications des Esprits, et devant servir à l’invocation des hiérarchies de la Grande Table.

Les copies encore existantes de ces manuscrits :

London, British Library: Sloane MS. 3188. Les journaux de Dee pour la période 1581-1583. Contient les Libri Mysteriorum Primus, Secundus, Tertius, Quartus, Quintus et la première partie du Liber Loagaeth.
 
London, British Library: Sloane MS. 3189. Le « Liber mysteriorum sextus et sanctus » écrit de la main d’Edward Kelly (1583). Copie du Liber Loagaeth de 65 pages, contenant 101 tables, dont 96 Tables de 49x49 cases remplies de lettres et de chiffres, 4 Tables de 36x72 cases contenant uniquement des lettres (celles-ci sont de la main de Dee et sont en réalité tirées du Livre de Soyga), et 2 Tables vides de 49x49 cases.
 
London, British Library: Sloane MS. 2599, art. 1. Une transcription partielle du « Liber mysteriorum sextus et sanctus » par deux auteurs différents (au moins), l’un deux pouvant être Elias Ashmole.
 
London, British Library: Sloane MS. 78, art. 11. Apparemment une copie du Liber mysteriorum sextus et sanctus  identique à celle du MS sl.3188 (donc uniquement les premières pages, pas les tables).
 
London, British Library: Sloane MS. 3677. Copie du MS Sl.3188 par Elias Ashmole, augmenté de diverses invocations, la transcription d’une conjuration à l’Ange AVE et l’invocation des Noms Divins de 3-4-5 lettres.
       
Oxford, Bodleian: Ashmole MS. 422, art. 2. Copie par Elias Ashmole des notes de Dee contenues dans les 5 Libri Mysteriorum.
 
London, British Library: Sloane MS. 3191, arts. 1-4. Une sorte de « grimoire » de John Dee, divisé en 4 parties :       
          
          1. Claves Angelicae (Cracow, 13 April - 13 July 1584)
          2. Liber scientia auxilii et victoria terrestis 
          3. De heptarchia mystica;
          4. Tabula bonorum angelorum invocationes.
          
London, British Library: Sloane MS. 3678, art. 1. Copie de Sloane 3191 par Elias Ashmole.
          
London, British Library: Additional MS. 36674. Plusieurs traités de magie par Caius, Forman, john Dee. 
Contient entre autre « Compendium Heptarchiae Mysticae », une variante de l’Heptarchia Mystica.

Oxford, Bodleian: Ashmole MS. 487-8. Contient entre autres le journal privé de John Dee pour les périodes 1577-1600 et 1586-1601.

London, British Library: Appendix MS. XVLI, parts 1 and 2. Les journaux magiques de Dee publiés par Casaubon.

London, British Library: Cotton Appendix MS. XLVI. Copie des journaux de Dee par Elias Ashmole.

Oxford, Bodleian: MS. Ashmole 1790, fols. 1-19v. Copie en latin de quelques autres actions de Dee.

Oxford, Bodleian: MS. Ashmole 1788, fols. 37-64. Copie du MS Ash. 1790 par Elias Ashmole.

 London, British Library: Sloane MS. 3645. Une traduction anglaise du XVIIème siècle du MS. Ashmole 1790.


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